PALAMAS (C.)


PALAMAS (C.)
PALAMAS (C.)

Chef de file de sa génération, dite de 1880, Palamas domina la littérature néo-hellénique pendant plus d’un demi-siècle. Poète, prosateur, critique littéraire, auteur d’une pièce de théâtre, traducteur, il exerça une influence décisive: le sort du lyrisme grec ainsi que celui de la langue populaire paraissent inséparables de sa personne. Deuxième synthèse après celle de Solomos, l’œuvre de Palamas, suivant la ligne ascendante de la bourgeoisie et de l’élan nationaliste en Grèce, sut s’appuyer sur la tradition et orchestrer tous les sons – lyriques, épiques ou dramatiques – pour dégager une harmonie polyphonique. Son ton dominant reste néanmoins le duo, une sorte d’unité dialectique des contraires: Grec aussi bien qu’Européen, poète aussi bien que penseur, Palamas est surtout, selon sa propre expression, «un poète penseur».

Le protagoniste d’une synthèse

Il était né à Patras, d’une famille de lettrés. Orphelin à sept ans, il passe le reste de son enfance et son adolescence à Missolonghi. Privé de sollicitude maternelle, solitaire, méprisé par ses camarades, le jeune garçon trouve un refuge dans les livres et, à neuf ans, il fait déjà des vers. En 1875, il s’inscrit à l’université d’Athènes et, fixé bientôt dans la capitale, il y passera toute sa vie «immuable». Ni voyages à l’étranger, ni longs déplacements à l’intérieur du pays. Palamas vécut comme un bourgeois moyen, près de sa femme et de ses enfants, journaliste d’abord, ensuite secrétaire de l’Université (1897-1928).

À Athènes, autour des années 1880, le déclin du romantisme et la faillite de la langue puriste étaient manifestes; le besoin d’un renouveau se présentait, impérieux; une nouvelle bourgeoisie, en plein essor, imposait son réalisme progressiste. Dans ces conditions, la littérature devait se réconcilier avec la réalité, avec la langue et la tradition populaires. Palamas se mit en tête du mouvement. Dès son premier recueil de poèmes, Chansons de ma patrie ( 糖福見塚礼羽嗀晴見 精兀﨟 神見精福晴嗀礼﨟 猪礼羽, 1886), sa démarche apparaît claire: langue populaire, goût de la vie quotidienne, joie de vivre, hommage à Denis Solomos. Aristote Valaoritis, poète ionien romantique, mais vulgariste, lui avait déjà servi d’intermédiaire; Palamas devait maintenant de plus en plus se nouer à l’école ionienne. En 1888, un nouvel allié, Jean Psichari (Mon Voyage ), linguiste et théoricien de la langue populaire, vint offrir ses bons services et sa combativité: la langue du peuple entrait victorieuse dans le domaine de la prose.

Mais la contribution de Palamas ne se limite pas seulement au mouvement vulgariste. Sans doute sa synthèse allait-elle beaucoup plus loin. Poète de grande culture, orienté vers l’Europe, surtout la France, il assimile facilement tous les courants de son temps. Son inspiration n’ignore ni l’héritage antique, à travers un souffle parnassien ou néo-classique: Hymne à Athéna (’ 宅猪益礼﨟 﨎晴﨟 精兀益 藺兀益見益, 1889), Iambes et Anapestes ( 笠見猪廓礼晴 見晴 藺益見神見晴靖精礼晴, 1897), ni le symbolisme et les tons d’une intimité lyrique et néo-romantique: Les Yeux de mon âme ( 糖見 識見精晴見 精兀﨟 祥羽﨑兀﨟 猪礼羽, 1892), Le Tombeau (’ 茶 糖見﨏礼﨟, 1898). Le début du XXe siècle marque son apogée; trois livres notamment constituent la quintessence de son œuvre poétique, l’illustration de sa «pensée lyrique»: La Vie immuable (’ 鱗 藺靖見凞﨎羽精兀 降諸兀, 1904), Les Douze Paroles du tzigane (’ 茶 諸嗀﨎見凞礼塚礼﨟 精礼羽 臨羽﨏精礼羽, 1907), La Flûte du roi (’ 鱗 淋凞礼塚﨎福見 精礼羽 廓見靖晴凞晴見, 1910). Palamas avait déjà eu le temps de s’occuper de prose: La Mort du Pallicare (’ 茶 粒見益見精礼﨟 精礼羽 刺見凞凞兀見福晴礼羽, 1891), ainsi que de théâtre: Trisevghéni ( 糖福晴靖﨎羽塚﨎益兀, 1903). Épuisé, dirait-on, par ses grands efforts de la période 1900-1910, il s’adonne par la suite à la composition de poèmes plus ou moins courts. Sa vieillesse ne fut pas privée de souffle créateur. Mais la réalité grecque, surtout après la catastrophe d’Asie Mineure (1922), correspondait de moins en moins à sa verve prophétique et grandiloquente; d’autres poètes beaucoup plus terre à terre devaient prendre la relève. Ses obsèques, transformées en manifestation antinazie, montrèrent à quel point il était resté un symbole national.

Une œuvre polyvalente

«Les pauvres sont ruinés par les dettes, incapables de les rembourser. Pour le technicien, même l’emprunt est un des instruments de son originalité. Du moment où un critique me dirait que mon poème est quelque chose d’unique et qui ne rappelle rien de pareil, je soupçonnerais que je n’ai aucune valeur ou que mon critique ne vaut rien.» Ce besoin de s’expliquer, de dissiper les malentendus, ne l’abandonne presque jamais; conscient de son importance, Palamas ne permet ni à ses contemporains ni à la postérité des jugements arbitraires: vers la fin de ses jours, il fait le bilan de son œuvre, Ma Poétique (’ 鱗 刺礼晴兀精晴兀 猪礼羽, 1933-1940). Certes, les reproches ne lui manquèrent jamais. Tantôt il passait pour un poète «obscur», tantôt on l’accusait d’inspirations «livresques». Par ailleurs, bête noire pour les puristes, il dut faire face aux calomnies les plus viles et risquer son poste à l’Université. Pourquoi s’étonner si cette œuvre polyvalente donna naissance également à des malentendus d’ordre idéologique?

Palamas fut le contraire d’un dogmatique. Dualiste en même temps que dialecticien, il porte en lui la contradiction, la thèse et l’antithèse, comme une nécessité inéluctable. Miroir de tous les courants de son temps, il s’en fait largement l’écho; dans son jardin, on peut cueillir toutes sortes de fleurs. Bifurcation psychologique, prépondérance d’un rythme binaire, ou simplement besoin d’évolution? «Le poète ne travaille ni pour la foule ni pour l’élite; il travaille pour la Poésie» (1892). «Je ne suis pas seulement le poète de moi-même; je suis le poète de mon temps et de ma nation» (1906). Dans l’univers de Palamas, tout a une place convenable: «l’art pour l’art» et l’engagement national, le classicisme et le romantisme, le symbolisme et le Parnasse, la science et la religion, l’Antiquité et Byzance, le rêve et la réalité, le positivisme et la métaphysique, le nietzschéisme et le socialisme. Mais on aurait beau «récupérer» Palamas, voire l’accuser de confusion: appartenant à la fraction progressiste et libérale de la bourgeoisie grecque, il en épouse et exprime les options fondamentales.

Un critique bien armé

«Positivisme scientifique et idéalisme métaphysique [...], traits caractéristiques d’une duplicité intellectuelle en moi. Un tel dualisme se montre, par exemple, à l’impression que m’ont faite deux grands intellectuels tout à fait différents: Taine et Amiel.» Ce passage pourrait rendre compte non seulement de la poétique de Palamas, mais aussi de sa méthode critique; car, si l’on peut parler de méthode critique en Grèce, ce n’est qu’après lui.

Certes, distinguer le penseur du poète, dans le cas de Palamas, n’aurait pas de sens. Son univers n’est-il pas hanté par les livres? Lecteur infatigable, il fait montre, même dans ses poèmes, d’une grande érudition, qui n’est pas toujours pour rien dans son «obscurité». Par ailleurs, son discours critique, que signifierait-il sans la sensibilité et l’intuition du poète?

Ce discours, néanmoins, eut le mérite de mettre de l’ordre dans la littérature néo-hellénique. Solomos prit sa juste place; Calvos, redécouvert en 1889, apparut sous un jour nouveau. Large documentation, connaissance parfaite des questions techniques, sens de l’histoire, esprit scientifique, imagination: le génie critique de Palamas est bien armé. Seulement, ce génie n’est pas toujours sans faille: poussé par son engagement linguistique, Palamas se montra souvent trop indulgent vis-à-vis des littérateurs vulgaristes, tandis qu’il fut incapable de comprendre Cavafy ou la poésie moderne. Lié à une époque historiquement déterminée, il en exprima non seulement les grandes possibilités créatrices, mais aussi les limites.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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